Les acteurs de la filière
 

ITV : Jacques Martin, Président de la CCPS, producteur à Louresse-Rochemenier (Maine-et-Loire) 

« La production de semences de chanvre existe sur l'exploitation de polyculture-élevage depuis 1976. Mon père avait eu l'opportunité d'un contrat pour deux-trois hectares. Depuis, les surfaces ont augmenté pour atteindre 18 ha actuellement. Cela permet d'avoir une culture supplémentaires dans la rotation de céréales et cultures fourragères, notamment dans les parcelles humides où l'on ne peut semer qu'au printemps. Son cycle très court (mai à mi-septembre) est également intéressant en terme d'organisation du travail. Mais contrairement au chanvre industriel, la production de semences est très technique. La faible densité de semis implique un désherbage minutieux et une surveillance des altises jusqu'à ce que la plante ait atteint 20 cm de haut (trois semaines après le semis). De plus, pendant les trois à quatre semaines de floraison, elle mobilise également de la main d'œuvre pour retirer tous les plants mâles afin d'avoir des semences les plus pures possibles. »

 

ITV : Stéphane Supiot, producteur de semences près de Saumur (Maine-et-Loire)

« Depuis vingt ans, je produits de la semence de chanvre sur 23 à 25 ha. C'est une culture complètement différente du chanvre industriel. On sème à 1,2 kg/ha seulement (au lieu de 40 à 50 kg/ha) avec un écartement entre rangs de 75 cm (contre 12 à 15 cm) pour faciliter le binage et les travaux d'épurement. Vu la faible densité, la culture n'a pas la capacité d'étouffer les mauvaises herbes. C'est pourquoi, je bine deux à quatre fois en commençant très tôt. En production de semences, les altises représentent également un souci si elles attaquent la culture à un stade jeune. A la floraison (de fin juin au 30 août), les plants mâles doivent être retirés manuellement tous les deux jours pour ne garder que les semences qui donneront des plantes monoïques (fleurs mâles et fleurs femelles sur le même pied). En septembre, la récolte a lieu avec une ensileuse. Le rendement moyen est d'environ 1,1 à 1,2 t/ha. Les graines à 25-30 % d'humidité sont séchées à la ferme en 24 h pour atteindre 9 %, puis stockées dans des big-bags de 1,3 t jusqu'à leur enlèvement par la coopérative.»

 
 

ITV : Anne-Marie Nuyttens, associée de Planète Chanvre, chanvrière à Jouarre (Seine-et-Marne)

En recherche de diversification, pour satisfaire une demande territoriale, en phase avec l’attente sociétale et pour l’aventure agro-industrielle, 12 associés agriculteurs ont fondé Planète-Chanvre en 2007. « Nous avons créé un bassin de production, la culture n’existant plus en Seine-et-Marne. L'objectif répondait à une attente des élus territoriaux, dans le cadre d’un Plan de Développement Economique Local visant la redynamisation de l’économie locale. Il a fallu produire le chanvre, convaincre une centaine de producteurs  à s'engager, puis le transformer sur place. Investis financièrement et humainement, la construction de l’unité de défibrage capable d’assurer le débouché du bâtiment s’est  concrétisée. 1ère de ce genre en France, car issue d’une relocalisation d’une usine allemande et de gouvernance atypique ! Depuis 2011, Planète-Chanvre transforme 1000 ha par an, emploie 14 salariés, et poursuit son challenge d'investir le marché de l'éco-construction francilienne. Et ce, en lien avec l’association Construire en Chanvre Ile de France. »

Lien : http://www.planetechanvre.com

 

Angle : IFT à l’exploitation

 

ITV : Dominique Briffaud Président d’InterChanvre et agriculteur de Vendée

« Toujours à la recherche de cultures qui sortent des sentiers battus, je me suis lancé dans la production de chanvre en 2008. Depuis 2009, la Cavac, dont je suis administrateur, fabriquait via Cavac Biomatériaux des produits à base de chanvre cultivé dans la région pour le secteur de la construction. Cela m'intéressait de vivre cette aventure du champ à l'utilisation des produits finis. Aujourd'hui, je cultive entre 7 et 12 ha de chanvre. Président d'InterChanvre, mais également de l'organisation des producteurs livrant à la Cavac, je les représente au sein du conseil d'administration de Cavac Biomatériaux pour faire le lien entre la transformation et la production. Cavac Biomatériaux me fait part de ses besoins en terme de qualité de la paille, et nous réfléchissons à ce qui peut être mis en oeuvre au niveau de la culture pour y parvenir.

J'ai souhaité aller jusqu'au bout de mes convictions en construisant une maison utilisant les produits finis : du béton de chanvre (eau, chaux et chènevotte) pour les murs et le sol sous le carrelage, de la chènevotte et de la chaux pour le sol sous le parquet et pour le crépi dans les chambres. Au total, 15 à 16 t de chènevotte ont été utilisées. Pour la toiture, des rouleaux de fibres de chanvre ont été déployés sur 75 % de la surface. Résultat : le taux d'hygrométrie se situe autour de 50 à 60 % quand il est de 90 à 95 % à l'extérieur. Même à 18°C à l'intérieur, on n'a pas froid ! Il s'ensuit des économies de chauffage. Les murs offrent également une très bonne isolation phonique. Côté coût, cela nous est revenu à 1 700 €/m², ce qui n'est pas hors norme d'après les artisans impliqués dans le projet. »

 
 

« Le chanvre constitue une alternative aux matières premières d'origine pétrochimique avec l'avantage d'être renouvelable annuellement et recyclable en fin de vie. Ainsi dans le secteur automobile, la fibre de chanvre injectée, plus légère et moins chère que la fibre de verre depuis la hausse du pétrole, est un marché en devenir. Un développement qui demande cependant du temps car il faut convaincre tous les maillons de la chaine de fabrication. Autre débouché potentiel à usages multiples, encore à l'état de R&D en France : les bioplastiques à base de chènevotte (paille de chanvre). Avec l'épuisement des ressources pétrochimiques, la demande devrait être de plus en plus forte. L'usage de la fibre (en isolant) et de la chènevotte (en béton de chanvre) dans la construction, de la fibre dans l'automobile (pièces de renfort) ou encore de la chènevotte en paillage horticole constitue également des débouchés prometteurs, de même que l'alimentation humaine pour le chènevis (graines) notamment bio, source de protéines et d'omégas. »

Une grande partie des débouchés du chanvre restant pour l'instant déconnectés de la grande distribution, la valeur ajoutée acquise tout au long de la filière reste correctement partagée entre les différents acteurs.